Enfant de la médina de Tunis, Hosni Hertelli – de son vrai nom – déconstruit l’alphabet arabe pour s’interroger sur la place du langage dans nos sociétés contemporaines.

Enfant de la médina de Tunis, Hosni Hertelli – de son vrai nom – déconstruit l’alphabet arabe pour s’interroger sur la place du langage dans nos sociétés contemporaines.

Le mouvement est vif, répétitif, sans hésitation et parfaitement rythmé. Le pinceau brosse presque mécaniquement les plaques de verre qui surplombent un amphithéâtre au centre duquel s’élèvent, mystérieuses et magiques à la fois, les voix des six munshid (chanteurs religieux musulmans) de l’ensemble Al Nabolsy. Dans un geste de parfait métronome, non sans une certaine grâce, Shoof bouscule l’alphabet arabe avec une calligraphie qui épouse la chorégraphie circulaire et infinie de trois derviches tourneurs, danseurs de la confrérie soufie Mawlawiyya de Damas qui ont offert un moment de grâce aux visiteurs du musée du Quai Branly en novembre 2015.

Utilisant de la peinture, qu’il dilue avec plus ou moins d’eau, le street artist tunisien dessine des morceaux de lettres qui dégoulinent. Une coulure, qui dans un mouvement paradoxal donne l’impression que le trait s’étire vers le ciel. La calligraphie de cet autodidacte n’est pas orthodoxe.

 « Elle est même illisible, reconnaît-il, car elle est abstraite. Je déconstruis les lettres pour un résultat qui, au final, est lisible et compréhensible par tous. On retrouve cette dimension dans les chants de ces soufis. C’est extraordinaire de voir le public de White Spirit applaudir et ovationner ces artistes, dont les chants sont des louanges à Dieu que la très grande majorité des spectateurs parisiens ne comprend pas. L’art est ce qui nous réunit. »

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